Internet, c'est un gigantesque réseau interconnectant de plus petits réseaux à travers le monde. Câbles sous-marins, satellites en orbite, antennes relais, centres de données colossaux et milliards d'appareils connectés forment cet écosystème complexe permettant le transport d'informations en un clin d'oeil sur de grandes distances.
D'ARPANET à Internet
En 1969, l'ARPA, l'agence de recherche technologique de la Défense américaine, devenue depuis la DARPA, a créé
ARPANET.
C'est le premier réseau à grande échelle basé sur le concept de commutation de paquets : les données sont
découpées en petits morceaux puis réassemblées à la fin du transfert.
Avant ça, les réseaux fonctionnaient majoritairement par commutation de circuit. C'est par exemple ce qu'on
voit dans les films représentant les centres d'appels téléphoniques des années 50.
Les opératrices connectaient manuellement des lignes pour établir une communication directe et privée entre deux interlocuteurs.
La ligne était dédiée à cette communication, tant qu'elle n'était pas terminée, personne d'autre ne pouvait l'utiliser.
La commutation de paquets
La commutation de paquets revient à envoyer un livre page par page dans des enveloppes différentes. Ça permet :
- De paralléliser les messages. Au lieu d'avoir à attendre la fin du transfert du livre entier pour libérer la ligne, nous pouvons recevoir et envoyer autre chose entre deux pages.
- D'envoyer chaque page par une route différente pour optimiser la vitesse de transfert.
- Et surtout, d'être résilient en cas de panne sur une route.
La résilience est au coeur de l'idée. Elle vient des travaux menés en pleine guerre froide sur des réseaux capables
de survivre à une destruction partielle, y compris dans l'optique d'une attaque nucléaire. Les concepteurs
d'ARPANET, eux, cherchaient d'abord à partager des ressources de calcul entre chercheurs, mais ils ont hérité de
cette architecture décentralisée.
Le développement d'ARPANET a ainsi introduit des technologies fondamentales, comme les protocoles TCP et IP, qui restent au coeur d'Internet aujourd'hui.
Au début, en 1969, ARPANET reliait quatre sites de recherche américains. Il a pris de l'ampleur par la suite dans les milieux
scientifiques et universitaires avant d'être démantelé en 1990.
En 1983, ARPANET et d'autres réseaux indépendants adoptent les protocoles TCP/IP, ils sont maintenant interconnectés et capables de
communiquer entre eux.
Ainsi naquit le réseau de réseaux, l'internetwork, contracté en Internet.
Qui possède Internet ?
Personne, et c'est sans doute le fait le plus contre-intuitif de tout ce chapitre. Il n'existe ni propriétaire,
ni interrupteur central, ni salle de contrôle.
Ce qui existe, ce sont des milliers d'opérateurs qui possèdent chacun un morceau du réseau et qui acceptent de
faire passer le trafic des autres, en vertu d'accords commerciaux ou d'échanges de bons procédés. Ces accords
s'appellent du peering, et ils se négocient dans des points d'échange, dont l'un des plus gros au monde se
trouve à Francfort.
Ces bons procédés ne vont pas toujours de soi. Quand une plateforme de vidéo envoie dix fois plus de trafic
qu'elle n'en reçoit, l'opérateur qui doit l'acheminer jusqu'à ses abonnés finit par réclamer une
participation, et il arrive que le bras de fer se règle au détriment des clients, avec des soirées de streaming
saccadé jusqu'à la signature d'un accord. La France a connu plusieurs épisodes de ce genre.
Et si personne ne possède Internet, un État peut parfaitement débrancher le sien. Il suffit d'ordonner aux
quelques opérateurs du pays de couper leurs liaisons vers l'extérieur, et ça arrive régulièrement, le temps
d'un examen national, d'une élection ou d'une révolte. Les chapitres sur les
DNS alternatifs et le dark web
racontent ce que les habitants font alors.
Personne ne décide donc de ce qui circule, et ce n'est pas un hasard. Ce principe a un nom, la
neutralité du net, et nous verrons qu'il se défend plus qu'il ne
va de soi.
Quelques organisations coordonnent malgré tout ce qui doit l'être. L'ICANN veille sur les
noms de domaine et la distribution des
adresses IP, et l'IETF publie les spécifications techniques, ces fameuses RFC
qui décrivent chaque protocole. Aucune des deux ne "dirige" Internet, elles se contentent de tenir les registres
et les règles du jeu.
Quand tu dis "je n'ai plus Internet", tu désignes presque toujours autre chose. Ton Wi-Fi qui ne porte plus jusqu'à la chambre, ta box qui a besoin d'un redémarrage, ou ton opérateur en panne dans le quartier. Internet lui-même, le réseau de réseaux, ne tombe pour ainsi dire jamais. Savoir lequel des trois est en cause te dit tout de suite qui appeler, et la grille de diagnostic du chapitre sur TCP/IP t'aidera à trancher.
La réalité physique
On parle de cloud et de sans-fil, mais Internet reste un objet extrêmement matériel. La quasi-totalité du trafic
intercontinental passe par des câbles sous-marins, quelques centaines de câbles à peine, souvent pas plus épais
qu'un tuyau d'arrosage, posés au fond des océans. Marseille en est devenu l'un des principaux points
d'atterrissage au monde, une bonne partie des échanges entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie passant par ses
plages.
Ces câbles cassent régulièrement, victimes d'ancres de navires, de chaluts ou de séismes. On ne s'en aperçoit
presque jamais, précisément grâce à la commutation de paquets, qui réachemine le trafic par une autre route.
Quand un pays est desservi par un seul câble, en revanche, la coupure se voit tout de suite.
Cette matérialité a un coût, en métal, en électricité et en eau. Nous y consacrons le chapitre sur l'empreinte environnementale du numérique.
Le satellite ne représente qu'une part marginale du trafic mondial, malgré la visibilité de constellations comme Starlink. Son intérêt est de desservir les endroits où tirer un câble n'a aucun sens, pas de remplacer la fibre.