Une adresse IP est l'équivalent d'une adresse postale pour une machine. Sans elle, impossible de savoir où envoyer une réponse. C'est la brique de la couche Internet du modèle TCP/IP.
À quoi ressemble une adresse IP
Lors de ta connexion à Internet, ton FAI t'attribue automatiquement
une adresse IP. Elle permet à ton ordinateur d'envoyer et de recevoir des messages sur le réseau. C'est le même
principe que la mairie qui attribue un numéro de rue au restaurant que tu viens d'ouvrir.
Dans la version 4 d'IP, celle qui prédomine sur Internet, une adresse ressemble à quelque chose comme 82.189.34.250.
C'est une suite de 4 nombres entre 0 et 255.
Quatre nombres de 0 à 255, ça fait environ 4,3 milliards de combinaisons possibles. Ça paraissait
inépuisable.
La pénurie d'adresses et l'IPv6
Quand le protocole IP a été créé dans les années 70, personne n'imaginait l'explosion d'Internet à une si grande
échelle. Tout est relié à Internet de nos jours : caméra de sécurité, voiture... Si bien qu'IPv4 est arrivé à ses
limites.
Petite frayeur le 3 février 2011, quand l'organisme qui gère la réserve mondiale a distribué ses derniers blocs
d'adresses IPv4 aux registres régionaux 😱. Depuis, chacun racle ses fonds de tiroir.
Heureusement, depuis les années 90, les chercheurs se sont penchés sur son remplaçant, IPv6.
Il abandonne les 4 nombres pour 8 groupes de 4 caractères, ce qui porte le nombre d'adresses possibles à 340
sextillions. De quoi attribuer une adresse à chaque grain de sable de la planète, et il en resterait.
Une adresse IPv6 ressemble à : 2001:0db8:3c4d:0015:0000:0000:d234:3eee
Tous les acteurs d'Internet sont lancés depuis des années dans une énorme migration de la v4 vers la v6. Tu risques donc de
croiser les 2 formats.
Trente ans pour changer de version, ça mérite une explication. Les deux ne se parlent pas directement, une
machine qui n'a qu'une adresse v6 ne peut pas joindre un site qui n'a qu'une v4. Il faut donc que tout le monde
fasse les deux pendant la transition, et comme le mécanisme décrit juste après a suffisamment soulagé la
pénurie, personne n'a jamais été vraiment pressé.
Publique ou privée ?
Chez toi, chaque appareil a sa propre adresse IP, du type 192.168.1.14. Ce sont des adresses privées, valables
uniquement à l'intérieur de ton réseau domestique. Deux voisins ont très
probablement les mêmes, et ça ne pose aucun problème puisqu'elles ne sortent jamais de chez eux.
Vue d'Internet, toute ta maison n'a qu'une seule adresse, l'adresse publique de ta box. C'est ce rôle de
standardiste évoqué dans le chapitre sur les réseaux, et il porte un nom, le
NAT (Network Address Translation). C'est largement lui qui a permis à IPv4 de tenir aussi longtemps malgré la
pénurie, en faisant tenir des dizaines d'appareils derrière une seule adresse publique.
Les opérateurs mobiles, et certains fournisseurs d'accès, poussent l'idée un cran plus loin en partageant une
même adresse publique entre des centaines d'abonnés qui ne se connaissent pas. Deux conséquences très
concrètes. Un site peut te bloquer pour ce qu'un inconnu a fait avec la même adresse une heure plus tôt, et
compter les visiteurs par adresse IP ne veut plus dire grand-chose.
Fixe ou dynamique ?
Ton adresse publique change régulièrement, au gré des attributions de ton FAI. On parle d'adresse dynamique. Pour
un particulier, c'est sans conséquence.
Un serveur, lui, a besoin d'une adresse fixe. Si l'adresse d'un site changeait toutes les nuits, plus personne ne
le trouverait. C'est d'ailleurs pour ne pas avoir à retenir ces nombres qu'on a inventé les
noms de domaine.
Une adresse IP permet de te localiser approximativement, à la ville près en général, jamais à la rue. C'est ce qui explique les sites qui t'accueillent dans ta langue, et les catalogues de streaming qui changent selon le pays. C'est aussi précisément ce qu'un VPN sert à masquer.
Cette localisation se trompe plus souvent qu'on ne le croit. Le télétravailleur connecté au VPN de son entreprise est localisé au siège, le voyageur en itinérance apparaît parfois dans son pays d'origine, et le client d'un opérateur mobile atterrit dans une ville qu'il n'a jamais vue. D'où des prix affichés dans la mauvaise devise, une langue imposée et des tickets de support incompréhensibles. Une langue ou un pays déduits de l'adresse sont une proposition, jamais une certitude, comme le rappelle le chapitre sur la localisation.
Ce que vaut une adresse
Trois choses encore, qui découlent de tout ce qui précède.
- C'est une donnée personnelle : au sens du RGPD, une adresse IP permet de remonter jusqu'à quelqu'un, et la justice européenne l'a confirmé. C'est une bonne partie de ce qui complique la vie des outils de mesure d'audience.
- Elle a une réputation : une adresse depuis laquelle du spam ou des attaques sont partis finit sur des listes noires partagées, et tout ce qui en sort ensuite est traité avec méfiance, à commencer par les emails. Le chapitre sur l'email y revient.
- On la bloque et on la limite : c'est la première ligne de défense d'une API ou d'un site, refuser ou ralentir une adresse qui en fait trop. Efficace, avec les effets de bord des deux points précédents, le client bloqué qui n'y est pour rien.