Acheter un nom de domaine est une des rares opérations informatiques qui prend cinq minutes et coûte le prix d'un sandwich. C'est aussi une des rares qu'on regrette dix ans plus tard, quand la marque a changé, que le domaine est coincé chez un prestataire injoignable ou qu'il a expiré un dimanche soir. Autant faire les choses proprement du premier coup.
Bien choisir le nom
Avant même de parler prix, prends dix minutes pour tester ton candidat. Un bon nom de domaine se dicte au téléphone sans avoir à épeler.
- Court et prononçable : si tu dois préciser "avec un tiret" ou "deux L", tu passeras ta vie à le répéter.
- Sans piège orthographique : évite les chiffres, qui se tapent aussi bien en lettres, et les homophones.
- Libre côté marques : un domaine disponible n'est pas un droit d'usage. Une vérification rapide dans la base de l'INPI t'évitera une mise en demeure quelques mois plus tard.
- Cohérent avec les réseaux sociaux : vérifie au passage que le même identifiant est libre ailleurs, ça simplifie toute la communication.
Méfie-toi des lectures accidentelles quand tu colles deux mots. Les exemples de domaines mal découpés qui donnent un second sens involontaire sont une plaie classique du web, et personne dans l'équipe ne le remarque avant la mise en ligne. Fais relire le nom à voix haute par quelqu'un d'extérieur au projet.
Pense aussi aux emails dès maintenant. Pour beaucoup d'entreprises, le domaine sert d'abord à porter les adresses de l'équipe, bien avant le site. Un nom agréable à écrire dans un navigateur peut être pénible à dicter au téléphone en fin d'adresse, et c'est l'usage qui reviendra le plus souvent. Le chapitre sur l'email prend le relais.
Et si le nom est déjà pris
C'est le cas le plus fréquent, et ça ne veut pas dire que le nom est perdu. Beaucoup de domaines sont
détenus sans être utilisés, et une page "ce domaine est à vendre" apparaît quand on les visite. Le prix se
négocie, de quelques centaines d'euros pour un nom banal à bien davantage pour un mot court, souvent par
l'intermédiaire d'une place de marché qui joue les tiers de confiance et sécurise le paiement.
Deux conseils. Ne négocie jamais depuis une adresse email au nom de la société convoitée, le prix triple.
Et si le domaine porte ta marque déposée et que le détenteur ne s'en sert que pour te le revendre, une
procédure de récupération existe, le chapitre sur les noms de domaine
en parle.
Où acheter
La plupart des hébergeurs web sont aussi des registraires, et certains hébergements incluent dans leur pack un
nom de domaine gratuit la première année. En achetant les deux au
même endroit, l'hébergeur configure le DNS automatiquement pour que ton nom de domaine pointe sur ton hébergement,
ce qui t'évite de manipuler toi-même les enregistrements vus dans le chapitre sur le
DNS.
Note bien que tu pourras dans le futur ajouter d'autres noms de domaine. Tu peux tout à fait avoir plusieurs sites
sur le même hébergement.
Cela dit, séparer le registraire de l'hébergeur a un vrai avantage. Le jour où tu changes d'hébergeur, ce qui
arrive plus souvent qu'on ne le croit, tu gardes la main sur ton nom de domaine et tu n'as pas à négocier son
départ avec un prestataire que tu quittes.
Les prix et les pièges
Le tarif de base dépend surtout de l'extension, et nous l'avons vu dans le chapitre sur les TLD. Ce qui varie d'un registraire à l'autre, c'est le catalogue d'extensions proposées et, surtout, la façon d'emballer le prix.
- Le tarif d'appel : la première année à un euro suivie d'un renouvellement au prix fort est la norme. Regarde toujours le prix de renouvellement, pas celui affiché en gros.
- Les options ajoutées d'office : certificat, pack mail, protection Whois payante. Décoche ce dont tu n'as pas besoin, l'anonymisation des données personnelles est souvent gratuite ailleurs.
- Les domaines premium : un nom court et recherché peut être facturé plusieurs centaines d'euros par an, et pas seulement à l'achat.
Une fois le domaine enregistré, tu recevras des courriers et des emails qui ressemblent à des factures de renouvellement, émanant d'organismes aux noms officiels, avec parfois une date limite. Ce sont des arnaques, ou au mieux des ventes forcées d'un service inutile. Ton seul interlocuteur est le registraire chez qui tu as acheté, et il ne te relance que depuis son interface et l'adresse que tu connais. Les PME tombent dedans régulièrement, en particulier la comptabilité, qui paie ce qui ressemble à une facture.
Attention aussi aux extensions soumises à conditions, comme le .fr et ses règles de résidence, ou le .paris qui exige un lien avéré avec la ville de Paris. Le registre peut te demander de le justifier, y compris plusieurs mois après l'achat, et supprimer le domaine si tu ne réponds pas.
Après l'achat
Une fois le parcours de commande terminé, il faut patienter quelques minutes, parfois quelques heures, le temps que le registre enregistre le domaine et que les serveurs de noms se mettent en place. Deux réglages méritent d'être faits dans la foulée.
- Le renouvellement automatique : active-le, et associe-lui une adresse de contact générique suivie par plusieurs personnes. Nous avons déjà vu pourquoi, une carte bancaire expirée et un salarié parti suffisent à faire disparaître un domaine.
- Le verrouillage du transfert : activé par défaut chez la plupart des registraires, il empêche qu'on déplace ton domaine ailleurs sans ton accord. Laisse-le en place.
Le jour où la marque change
Une entreprise change de nom, fusionne, ou abandonne une marque. L'ancien domaine, lui, ne s'abandonne jamais. On le conserve indéfiniment et on y pose des redirections permanentes vers le nouveau, page par page, pour deux raisons. Le référencement acquis pendant des années se transfère avec les redirections et se perd sans elles. Et un domaine libéré est immédiatement racheté par quelqu'un qui profitera des liens, des cartes de visite et des emails qui continueront d'y arriver pendant dix ans. Le chapitre sur les codes HTTP explique la différence entre une redirection définitive et une temporaire, et ici seule la première convient.
Expiration et transfert
Quand la date d'expiration arrive sans renouvellement, le domaine ne redevient pas immédiatement libre, il
traverse plusieurs phases. Le site cesse d'abord de fonctionner, puis le
domaine entre pendant environ un mois en période de rachat, où tu peux encore le récupérer moyennant des frais
parfois salés, avant d'être enfin remis sur le marché. Des acteurs spécialisés surveillent en permanence ces
libérations pour capter les domaines qui ont un historique et de l'audience.
Le transfert d'un registraire à un autre suit un rituel bien précis. Tu déverrouilles le domaine chez l'ancien,
tu récupères un code d'authentification (appelé code auth ou code EPP), tu le fournis au nouveau, et tu valides le
mail de confirmation. Compte quelques jours, et sache que le transfert prolonge en général la durée
d'enregistrement d'un an.
Vérifie une bonne fois pour toutes qui est titulaire de tes domaines. Il n'est pas rare qu'ils aient été enregistrés au nom personnel d'un ancien prestataire ou du stagiaire de l'époque. Tant que ce n'est pas corrigé, l'entreprise ne possède pas vraiment son adresse.
Exemple :
Une boutique en ligne prépare son passage à une nouvelle plateforme. L'équipe découvre la veille du lancement que le domaine est enregistré chez l'agence qui avait construit l'ancien site, avec une adresse de contact qui n'existe plus. Résultat, deux semaines de retard passées à prouver au registraire qu'elle est bien la propriétaire légitime. Un quart d'heure de vérification six mois plus tôt aurait suffi.